Pain d’épices Fortwenger, entre tradition et additifs !

Fortwenger, « La tradition du pain d’épices depuis 1768 », ce sont 6 boutiques en Alsace et 16 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année.

Dans un documentaire de TF1 (« Grands Reportages » du 27/10/2018), on voit Gérard Risch, le roi du pain d’épices, quelques semaines avant de passer la main à son fils Steve. « Il y a 800 produits en tout, on part toujours de la même base : la pâte »

« La pâte mère, c’est de la farine, du miel et du sucre, trois ingrédients uniquement. C’est en deuxième phase que nous rajoutons les épices, qui sont cannelle, gingembre, noix de muscade, anis, et à partir de là, on rajoute tous les produits qu’on puisse imaginer, que ce soient des pépites de chocolat, des amandes, des noisettes. Si vous n’avez pas pris les bons produits, vous ne sortirez jamais un bon pain d’épices ».

« Je ne peux pas personnellement vendre un produit si je sais à la base qu’il n’est pas de bonne qualité »

Comme c’est précisé sur le site tourisme-alsace.com : « Les Pains d’épices Fortwenger sont fabriqués dans le respect de la tradition avec des ingrédients de qualité, un zeste de gourmandise…et une bonne dose de savoir-faire ! »

La barre est donc haute pour Steve Risch, le fils de son père et jeune patron de l’entreprise familiale : faire plus, faire mieux, tout en respectant la tradition et la qualité régionales. C’est ce qu’il espère démontrer en lançant une nouvelle unité de fabrication à Ensisheim, dans le Haut-Rhin, où Fortwenger a investi 3,5 millions d’euros et prévoit de créer 30 emplois à terme, voire plus si la demande suit.

Comme l’affirmait déjà son père, Steve Risch mise lui aussi sur la qualité de ses produits, sa « volonté première ». Il espère franchir une étape supplémentaire et développer sensiblement les ventes à l’export qui pourraient représenter 10 % du chiffre d’affaires d’ici 2022, tant en Amérique du Nord qu’en Russie, en Chine et au Japon. Aujourd’hui, l’Alsace absorbe encore 40 % de la production de l’entreprise.

L’activité de l’entreprise Fortwenger est, on l’aura compris, bien plus importante en fin d’année. « Le pain d’épices est tendance. C’est un produit sain, pas cher, traditionnel, avec une origine ».

Moi, j’aime bien l’Alsace, les produits « tendance », surtout quand ils sont sains, pas chers, traditionnels et avec une origine locale !

Bref, pour la fin d’année, je vais écumer les marchés de Noël, les boutiques Fortwenger, les super et les hyper de la région, casser ma (petite) tirelire et me remplir la panse de pains d’épices et de bredele traditionnels et locaux. En fait, non : en plus d’être très gourmand, je suis aussi (un peu) fainéant. Fainéant mais connecté, je vais donc faire mes emplettes directement sur le site du fabricant (www.fortwenger.fr) directement du producteur au consommateur !

Le « GOURMAND », au miel mais pas que…

Premier achat, on va faire simple avec le produit phare de la maison : un simple pain d’épices (réf 710) pour vérifier qu’un bon pain d’épices, c’est d’abord de la farine, du miel et du sucre. A priori, pas de sucre dans ce pain d’épices, mais 53,5 % de miel. On aimerait que ce soit du miel d’Alsace mais on n’y croit pas trop. De la farine de blé, mais aussi de l’amidon de maïs, du lait, des œufs et, en plus des épices, des sorbitols, du carbonate de sodium, de l’arôme vanille, du colorant e150d et de la gomme arabique. Notre produit local et traditionnel fleure déjà la recette à haut rendement et les additifs exotiques… Chez Forwenger, la tradition a du bon, mais moins que les sorbitols et le carbonate de sodium.

Pain d’épices au miel de châtaignier d’Alsace

Pain d'épices au miel de châtaigniers.jpgOn enchaîne avec un produit traditionnel ET local. Ce pain d’épices (réf 6922) est fait avec du miel de châtaignier d’Alsace. Et en effet, il y a bien du miel de châtaignier dans ce pain d’épices, mais seulement 14,6 % soit moins que de farine (froment et seigle) et moins que de sirop de sucre inverti, un produit à base de glucose et de fructose moins cher que le miel mais aux effets laxatifs avérés et avec d’autres effets probables : Résistance à l’insuline, prise de poids, syndrome métabolique, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires. Pas que du bon donc dans ce produit dont le packaging nous rappelle tant notre enfance. Et ce n’est pas tout : je ne résiste pas au plaisir de vous citer les 14 ingrédients de ce produit pourtant simple : farine de froment et de seigle (gluten), sirop de sucre inverti, lait, miel de châtaigniers (14,6%), humectant : sorbitols ; gluten, préparation de poudres à lever (poudres à lever : diphosphates et carbonates de sodium ; amidon de maïs), émulsifiants : E471, E472e; amidon de maïs, conservateur : sorbate de potassium. Je ne sais pas si cela vous donne envie d’en consommer, mais moi je vais plutôt passer mon tour pour me régaler avec quelque chose de plus traditionnel…

Bonhomme en pain d’épices enrobé de chocolat noir

Assez chipoté, on passe aux choses sérieuses maintenant. Quand j’étais gamin et que l’hiver approchait, ma maman me gâtait quelquefois avec ces délicieux pains d’épices enrobés de chocolat. Manifestement, la recette a évolué avec le temps, puisque, ici aussi, la liste des ingrédients est aussi fournie que la boutique d’un dealer de cannabis au pied d’une tour de l’Elsau : 9 ingrédients pour le pain d’épices et 5 pour le chocolat. Gérard Risch affirmait devant les caméras : « La pâte mère, c’est de la farine, du miel et du sucre, trois ingrédients uniquement ». J’en déduis que, pour lui, le sirop de glucose-fructose c’est du miel ou du sucre, ni plus ni moins. La tradition c’est simple pour les industries agro-alimentaires !

Stollen au massepain 750g

Stollen.jpgSur son site, Fortwenger nous informe : « Le saviez vous ? La tradition du « Stollen » remonte à plus de 500 ans. Au fil des ans, la recette s’est enrichie de massepain, de fruits confits, d’épices parfumées… » Si je fais appel à mes souvenirs, le stollen remonte bien à ma petite enfance, mais avant, je ne me souviens plus 😉 En 500 ans, la recette du stollen (réf 4090) s’est effectivement enrichie, mais pas que de massepain, de fruits confits et d’épices parfumées : chez nos amis de Gertwiller, en plus des maintenant classiques sirop de glucose-fructose et sorbitols, le stollen traditionnel contient aussi de l’huile de colza, de l’amidon de blé, des mono et diglycérides d’acides gras, stéaroyl-2-lactylate de sodium et, last but not least, deux sortes d’huile de palme. L’une est totalement hydrogénée (c’est la pire pour nos artères) et l’autre pas. Dans sa grande bonté, Fortwenger nous précise que cette huile de palme est certifiée durable. Soit… Elle n’en est pas moins polluante, dévastatrice pour la planète et l’éco système et, jusqu’à preuve du contraire, assez peu traditionnelle dans la pâtisserie alsacienne…

Dans cet océan de produits chimiques, d’additifs, de sirop de glucose-fructose et d’huiles végétales, il n’y a rien à sauver pour nos papilles délicates et sensibles aux recettes de nos grand-mères ? Pas grand-chose en effet. En cherchant un peu, j’ai trouvé ces « Petits gâteaux à l’anis. Les fameux « anisbredele » : de délicieux sablés aux grains d’anis naturel ». Je ne sais pas si, comme le stollen, la recette est âgée de 500 ans, mais au moins, elle n’a pas subi les outrages de l’industrialisation et de l’optimisation du sourcing : du sucre, de la farine de blé, des œufs et 1,8% de graines d’anis vert. Rien de plus, rien de moins, mais tout ce qu’il faut ! Il y a peut-être d’autres références dont la composition est restée simple et identique à la recette traditionnelle sur la boutique de Fortwenger. Si vous en trouvez, laissez leur nom en commentaire, je me ferai un plaisir (un devoir ?) de les acheter et de les déguster.

Quelles conclusions tirer de cette tentative de shopping gourmand, traditionnel et alsacien ? Vous l’avez compris, je suis plutôt fier de ma région et j’aimerais aussi être fier des entreprises qui la composent et forgent son identité. Forwenger, c’est un champion régional plus que bicentenaire, ancré dans son terroir et aussi tourné vers l’avenir, le développement et l’export. C’est aussi une entreprise familiale pas (encore) vendue à un fond de pension américain et qui semble se soucier de ses collaborateurs. Bref, on aurait presque tout pour être séduits et fiers de consommer et promouvoir des pains d’épices Forwenger auprès de tous nos amis français de l’intérieur, ou bien même pas français d’ailleurs. Mais il y a un « petit » grain de sable qui dérange ce bel ordonnancement : Fortwenger utilise les mêmes recettes que tous les grands de l’industrie agro-alimentaire. Le marketing nous vend du rêve, de la tradition et du bien-être, alors que les cuisiniers du service production s’ingénient à produire au coût le plus faible, au détriment de la tradition, de la qualité, du goût, de l’écologie et quelquefois même au détriment de notre propre santé.

Non, le palmier n’est pas un arbre traditionnel de la région. Il n’y a aucune raison d’incorporer de l’huile de palme dans les recettes de produits traditionnels, ni dans aucun autre produit d’ailleurs. Les deux seuls effets que je connaisse de l’huile de palme, c’est d’augmenter le risque cardio-vasculaire des consommateurs et d’engraisser les actionnaires de la société qui l’utilise dans ses produits…A partir de cette année, je crois que mes pains d’épices, mes stollen et mes bredele, je vais les faire moi-même. A moins que, à moins que… Dites, Monsieur Risch, et si vos recettes redevenaient VRAIMENT traditionnelles ?

monflingue.fr

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