Et toi, tu lis quoi en ce moment ? Traité d’Economie hérétique

Commençons par remettre l’église au milieu du village : Thomas Porcher (@PorcherThomasest un économiste, un VRAI économiste, pas un imposteur comme certains de ses détracteurs lobbyistes ou éditorialistes multi-cartes. Il est VRAIMENT docteur en économie (Paris I Panthéon Sorbonne) et professeur associé à la Paris School of Business. Membre du collectif « Les économistes atterrés », il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages dont ce dernier opus, qui nous offre une vision un peu moins « mainstream » de l’économie et donc aussi un peu de fraicheur.

Je vais rester dans la métaphore religieuse pour le deuxième point important de ce livre : « n’ayez pas peur » ! En effet, n’ayez pas peur de l’économie, ce livre est très facile à lire et s’adresse avant tout aux citoyens que nous sommes. Les termes utilisés sont à la portée de tous et les sujets abordés nous concernent tous.

Ce traité se veut hérétique parce qu’il va à l’encontre des idées reçues sur l’économie et les solutions qu’on nous présente comme, au hasard, évidentes, incontournables et indiscutables :

  • La France est le pays où l’on travaille le moins
  • La dette publique est un danger pour les générations futures
  • Le Code du travail est un frein à l’embauche, à moins que ce ne soient les « charges » sociales
  • Le libre-échange profite à tous
  • La mondialisation est la solution
  • L’individu seul est responsable de son destin

On a tous entendu, ou répété, ces affirmations sans voir personne les remettre en cause, et quand c’était le cas, le contradicteur se voyait rapidement étiqueté comme un marxiste/collectiviste indécrottable tout juste bon à nous abaisser au niveau de développement économique du Venezuela ou de la Corée (du Nord, bien sûr). Comme le disait Margaret Thatcher : T.I.N.A. ; « There Is No Alternative » ! Pourquoi perdre son temps à discuter puisque qu’il n’y a pas d’alternative, ni au libéralisme financier, ni à la mondialisation ou au dumping social ?

Thomas Porcher décrypte ces évidences qui n’en sont pas :

  • Le marché du travail. Depuis des décennies, on entend que notre pays est bloqué par un marché du travail trop rigide, un code du travail trop protecteur pour les salariés qui empêcherait les entrepreneurs d’embaucher. La prospérité viendrait avec la flexibilité du travail, la facilité à licencier entrainerait mécaniquement l’augmentation des embauches. Dans les faits, la France s’est engagée dans la voie des réformes libérales il y a plus de 30 ans, via une succession de changements de réglementations, toujours à l’avantage des employeurs, sans que jamais cela ait la moindre influence sur le niveau des emplois. En clair, les entreprises n’embauchent que lorsqu’elles DOIVENT le faire, avec ou sans incitation. Les aides inconditionnelles sont sans effet sur le niveau d’embauche ou l’investissement marginal, et, par un effet d’aubaine, vont directement alimenter les dividendes.
  • La comparaison avec l’étranger. Les experts « télévisés » nous expliquent que les pays ayant engagé des réformes de leur marché du travail en recueillent les fruits, puisque leur taux de chômage est faible et donc les gens sont plus heureux que chez nous. Bon, il y a bien quelques grincheux pour avancer timidement que l’absence de salaire minimum ou de protection salariale digne de ce nom pourrait faire émerger une population de travailleurs pauvres qui, sans être chômeurs, aurait un salaire inférieur au seuil de pauvreté (c’est classique), voire des revenus lui interdisant d’atteindre le seuil de subsistance. Non seulement, ces salariés sont à la disposition de leur employeur, mais leur salaire ne leur permet même pas de survivre sans une aide extérieure. Ces pays merveilleux existent bien, et pas très loin de chez nous : les « working poors » du Royaume Uni sont légions, les octogénaires américains obligés de travailler pour ne pas mourir de faim sont eux aussi nombreux. Même en Allemagne, notre voisin vertueux et exemple à suivre pour nombre d’entre nous, les travailleurs pauvres sont innombrables à être abandonnés sur le bord de la route de l’excellence économique et du patriotisme industriel.
  • La dépense publique : c’est LE serpent de mer économique des gens « raisonnables » qu’ils se disent de droite ou de gauche. La dépense publique en France est excessive et il faut tout faire pour la réduire le plus vite possible. Thomas Porcher nous rappelle que la dépense publique est un outil très efficace pour réduire la pauvreté et les inégalités lorsqu’elle elle est utilisée à bon escient. A ce jour, le taux de pauvreté chez les retraités en France est l‘un des plus faibles du monde. En réalité, le montant de la dépense publique détermine ce que nous avons voulu confier au secteur public. Confier la gestion de nos retraites au secteur public, c’est avoir l’assurance que les cotisations retraite serviront essentiellement aux bénéficiaires sans avoir à rémunérer les actionnaires des compagnies d’assurance. Comparer uniquement les niveaux de dépenses publiques par pays et noter que nous sommes au-dessus de la moyenne européenne sans comparer les services rendus aux citoyens en dit long sur la place de l’humain dans nos sociétés libérales avancées.

Le niveau des dépenses publiques n’est qu’un prétexte pour faire peur et imiter l’action publique en faisant croire qu’il n’y a pas d’autre choix que de faire des économies budgétaires. Or, ce qui est important, c’est avant tout de savoir comment on utilise le levier de la dépense publique : les représentants du MEDEF et les néo-libéraux ne vous rappelleront jamais que les cadeaux fiscaux faits aux entreprises (CICE, Crédit Impôt recherche, allègement des charges sociales, fiscalisation des cotisations chômage…) c’est AUSSI de la dépense publique !

La dette de l’état : elle atteint les 2 000 milliards d’Euros, soit 100 % du PIB. Ces chiffres ne parlent pas à grand monde mais on s’accorde tous à les trouver faramineux. François Fillon déclarait en 2007 qu’il était à la tête d’un « Etat en faillite », comme si un pays était une entreprise. Si c’était le cas, il faudrait alors appliquer les mêmes méthodes comptables pour les pays que pour les entreprises : d’un point de vue comptable, on compare l’endettement d’une entreprise (au passif du bilan) à son patrimoine (à l’actif). Si on procédait de la sorte avec la France, son endettement serait très relatif compte tenu de l’extraordinaire patrimoine de notre pays. Nous avons un actif public bien plus élevé que notre passif et donc les générations futures n’hériteront pas d’une dette mais d’un patrimoine net.

L’auteur revient par ailleurs sur l’hypocrisie climatique où chacun y va de sa petite phrase pour marquer son attachement à la lutte contre le dérèglement climatique et évitant soigneusement toute action contraignante. Il rappelle aussi combien l’Union européenne a suscité d’espoirs puis de déceptions, l’union monétaire ayant permis la concurrence entre les états, et le dumping social au détriment du bien-être des citoyens européens. Il rappelle aussi que le libre-échange, présenté comme une évidence de la liberté, n’est qu’un moyen pour les pays riches de s’imposer aux pays pauvres en les enfermant dans le sous-développement, avec la complicité des institutions internationales comme le Fond Monétaire International.

Pour finir, Thomas Porcher nous donne quelques clés pour nous armer contre la pensée économique dominante :

  • Se méfier des remèdes miracles que l’on pourrait appliquer partout.
  • Ne jamais se laisser imposer les limites du possible.
  • Un individu n’est jamais le seul responsable de sa réussite ou de son échec.
  • La flexibilité du travail n’est PAS un remède au chômage.
  • Essayer de comprendre à quoi sert la dépense publique avant de vouloir la réduire.
  • La finance n’est l’amie de personne.
  • La dette publique est toujours relative et ne doit pas faire peur par principe.
  • La lutte contre le réchauffement climatique a besoin d’actes, pas de (beaux) discours.
  • Ne laissez pas la Commission Européenne faire son Europe sans vous.
  • Le libre-échange ne profite jamais à tous.

La lecture du livre de Thomas Porcher est utile parce qu’elle nous permet de sortir du cadre dans lequel la plupart des experts médiatiques et des responsables politiques veulent nous enfermer. Le nombre d’attaques et de fake news dont il a fait l’objet sur les réseaux sociaux depuis sa sortie sont la preuve qu’il vise juste.

Traité d’Economie hérétique – Thomas Porcher

Editions Fayard – 18 €

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