Privatisations : persévérons dans l’erreur

Aujourd’hui, comme j’avais un peu de temps, je me suis dit que ce serait intéressant de voir de plus près les conditions de privatisation d’une société d’autoroute. J’en ai donc choisi une, arbitrairement, la SANEF, qui n’est ni la plus importante, ni d’ailleurs la plus rentable, même si elle a plutôt été vendue plus cher que les autres sociétés concessionnaires.

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Troisième réseau autoroutier français, la SANEF gère les autoroutes suivantes (source Wikipedia) :

La Société des autoroutes Paris-NormandieBip&Go et Alis, sont des filiales de Sanef.

La SANEF a été privatisée le 3 février 2006 et la société espagnole Abertis a acquis 75 % du capital pour un montant de 4,03 milliards d’Euros. A l’époque déjà, le Premier Ministre Dominique de Villepin et son Directeur de Cabinet (un certain Bruno Lemaire à partir de juillet 2006) expliquait que cette vente était une excellente affaire et que son produit allait permettre de réduire l’endettement de l’état. en 2014, pour répondre à Ségolène Royal, il confirmait la pertinence de cette privatisation des autoroutes : «l’ambition de mon gouvernement était de moderniser les infrastructures et de désendetter la France».Donc, en 2006 . en l’échange de 75 % des parts de la SANEF, le gouvernement d’alors a pu moderniser les infrastructures (routières ?) et désendetter la France. L’objectif de ce billet n’étant pas de valider cette modernisation/désendettement, je vous laisse juge de l’efficacité de la démarche.

On doit cependant se poser la question de la pertinence de cette privatisation. Même si la SANEF n’est pas la société concessionnaire d’autoroutes la plus rentable de France, ses résultats, en progression d’une année sur l’autre (sauf 2011), sont loin d’être négligeables. Depuis 2006, le résultat net est le suivant :

464

Année Résultat net (M€) Evolution
2017
2016 433 13,95%
2015 380 9,83%
2014 346 16,50%
2013 297 7,61%
2012 276 39,39%
2011 198 -29,29%
2010 280 9,80%
2009 255 12,33%
2008 227 4,61%
2007 217 88,70%

Si on cumule les résultats de la SANEF depuis la privatisation et jusqu’à fin 2017, on constate un résultat TOTAL de 3,4889 milliards d’Euros.

75 % de cette somme (soit la part privatisée en 2006 pour 4,04 Milliards d’Euros) représente 2,616 Milliards d’Euros. Cela signifie que, si le résultat de la SANEF reste stable à l’avenir (en fait, il a toujours évolué à la hausse sauf en 2011), le montant que l’Etat a encaissé pour sa privatisation en 2006 sera intégralement couvert dans 4 ans !

On pourra me rétorquer que ce calcul théorique est faussé puisque je n’ai pas tenu compte du coût de l’argent. C’est vrai, même si cela n’invalide pas mon raisonnement pour autant. En effet , le Taux Moyen des emprunts d’Etat était de 3,43 % en décembre 2005, mais il n’a cessé de baisser pour être de 0,76 % en juin 2018. Même en intégrant le coût d’un emprunt, il est toujours plus intéressant à long terme de s’endetter en conservant la propriété publique de ces sociétés rentables et d’intérêt national, plutôt que de les brader à des groupes puissants dont la seule perspective est leur propre profit. Ceci est encore plus vrai aujourd’hui que les taux d’intérêt sont très bas.

Donc, la bonne affaire vantée par Dominique de Villepin aura été de nous dépouiller de notre patrimoine autoroutier pour disposer d’un peu d’argent frais, alors que si l’Etat avait emprunté cette somme à l’époque (et s’il avait remboursé annuellement en fonction des bénéfices réalisés), il serait toujours propriétaire de la SANEF tout en conservant sa capacité de « moderniser les infrastructures et de désendetter la France ».

Et aujourd’hui ? Les erreurs (les fautes ?) du passé ont malheureusement vocation à se reproduire, puisque Bruno Le Maire a confirmé en mars dernier d’importantes privatisations à venir : Aéroport de Paris, Française des Jeux, Engie… Comme pour les sociétés concessionnaires d’autoroutes, ces sociétés sont stratégiques et nous allons les céder alors que nous avons très clairement les moyens de les conserver dans la sphère publique, et ceci dans des conditions économiques qui seraient bien meilleures que ce que l’Etat en tirera lors de leur vente.

Le choix des privatisations est purement idéologique, mais il est aussi irréversible, ce qui rend ses auteurs fautifs et pas simplement incompétents.

6 réflexions sur « Privatisations : persévérons dans l’erreur »

  1. quand je parle de compétences, je ne parle pas de nos élites mais de toutes celles et ceux qui se démènent et mettent les mains dans le cambouis pour faire avancer les choses, qui disposent de compétences d’expertises reconnues nécessaires et qui sont en voie d’extermination…

    Aimé par 2 personnes

  2. Pas plus de 5 ans peut être mais que restera-t-il de nos services publics et de ses compétences notamment techniques, enviées ailleurs (y compris par le privée qui n’hesite pas à venir les chercher sans les faire fructifier ,…).

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    1. C’est un des noeuds du problème : le pantouflage et le rétropantouflage ont tendance à noyer le civisme des élites publiques dans l’argent, le copinage et les relations financières incestueuses…

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  3. Très bien tes articles !
    La Misère en Marche quoi !

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    1. Il ne tient qu’à nous que cela ne dure pas plus de 5 ans…

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